|
Emigrer
- quelques bases
Emigrer pour s'en
sortir
La colonie de Red River
Récit d'un voyage Neuchâtel - St Louis
Lettre d'une institutrice de Szegedin
Les
Junod et l'émigration
Afrique
- Rikatla, Pretoria
Argentine
- San Carlos, Santa Fe
France - Goersdorf, Alsace
Italie - Naples
Ukraine - Kiev
USA
Athens, Ohio
LaGrange Co, Indiana
Neuchatel, Kansas
Wisconsin... Missouri...?
|
 |
Emigrer
pour s'en sortir...
L'extrait de l'article© suivant, paru dans le journal vaudois «24heures» du
16 janvier 1998 est reproduit avec la permission de son auteur, InfoSud/Daniel
Wermus.
Il apporte un peu de lumière sur certaines des raisons qui ont
poussé nos ancêtres à émigrer...
En
1848, la Suisse était un pays sous-développé
Famines,
surpopulation, malaria, aide humanitaire de la...Russie, piratage
des inventions allemandes, bas salaires, travail des enfants, émigration
massive ont marqué le développement de la Suisse. De
quoi inspirer son rôle à jouer dans le monde de demain.
Au
siècle dernier, la Suisse était un pays sous-développé,
parfois affamé et mendiant l'aide de ses voisins. La Russie
finançait
des projets de développement : l'assèchement de nos
marais. Le pays était ravagé par la malaria, la déforestation,
les inondations.
Pour
s'en sortir, les Helvètes pirataient
sans vergogne les inventions des puissances industrielles, pour
les concurrencer
par des produits bon marchés, des bas salaires et un travail
des enfants de 14 à 16 heures par jour. La corruption,
le protectionnisme interne, la gabegie bureaucratique entre les
cantons
(13 «douanes» pour
passer le Gothard !) ont freiné le développement
jusqu'en 1848. Les ancêtres des gnomes de la finance refusaient
de prêter
aux paysans et aux artisans, ou pratiquaient des taux usuraires.
Enfin, la misère et la démographie galopante ont
provoqué une émigration
massive jusqu'au premier quart du 20e siècle.
A
l'occasion des 150 ans de notre Etat fédéral devenu le
plus riche du monde, les organisations d'entraide publient
un document hallucinant : «La Suisse, pays en développement
1798-1848-1998-2048 » (1).
L'évolution helvétique a d'abord des points communs
avec les PMA (pays les moins avancés) du Sahel : agriculture
peu productive, manque de matières première,
pas de débouché maritime,
famines cycliques. Ensuite, le pays se mue en dragon «asiatique » etinonde
les pays riches de ses textiles à bas prix.
Aujourd'hui,
la Suisse devenue leader en services et en technologies de
pointe saura-t-elle se rappeler de ses débuts douloureux
? Il ne s'agit pas, affirme la Communauté de travail
Swissaid/Action de Carême/Pain pour le prochain/Helvetas/Caritas
(CT), d'inciter les pays du Sud à copier nos recettes.
Mais l'expérience
du passé peut inspirer le projet de Fondation de solidarité.
Et transformer la Suisse, aujourd'hui accusée de rapacité,
en partenaire privilégié de dizaines de pays émergents
du Sud ou de l'Est.
L'agriculture
n'a jamais réussi à nourrir
la Suisse. Au siècle dernier déjà,
il fallait importer la moitié des
céréales. Dans les campagnes surtout, la
misère
chronique frappait une personne sur dix. S'y ajoutaient
des crises régulières
: «Le foin et les herbes fraîches étaient
pour beaucoup la nourriture quotidienne. Même une
charogne putride ne décourageait
pas les affamés. On les voyait fouiller par dizaines
dans les rues et les ruelles, sur des tas de fumier dégoûtant,
dans des égouts à ciel ouvert, et avaler
goulûment
des pelures de patates et de carottes en décomposition ».
Tel
est le témoignage du pasteur saint-gallois Scheitlin,
sur les ravages de la famine de 1817. Causée par
le climat : une éruption à Java
avait obscurci l'atmosphère planétaire
et refroidi la température.
Autre responsable, le marché mondial : la fin
du blocus napoléonien
provoqua dans toute l'Europe une crise économique,
due à l'invasion
de produits industriels anglais. La Suisse était
victime de la mondialisation d'alors ! Son expérience
devrait faire réfléchir
ceux qui prônent aujourd'hui l'ouverture incontrôlée
des marchés mondiaux, constate Yassine Fall, économiste
sénégalaise.
La
Suisse orientale, région
sinistrée, reçut des
dons d'Allemagne, de France, d'Italie, d'Angleterre.
Le tsar Alexandre 1er offrit 100.000 roubles. La moitié fut
investie dans un projet de développement : assécher
la plaine de la Lindt et installer des paysans de montagne
sur les terrains gagnés. L'autre moitié fut
distribuée aux cantons affectés pour
aide sociale. Mais en Thurgovie, l'argent disparut
dans les
caisses de l'Etat...
Autre
aspects typiques du sous-développement
: l'environnement était
dévasté. La déforestation massive
des pentes provoquait l'érosion et des inondations
catastrophiques. Des cours d'eaux débordaient,
formant des boues putrides, repaires d'insectes nuisibles.
La malaria sévissait vers l'entrée
des lacs, comme dans le bas-Valais. Les infrastructures étaient
minables. En 1850, la Suisse n'a que 25km de voies
ferrées, contre 5850km en Allemagne
et 3000km en France. Le chantier en 1875 du tunnel
du Gothard, fait penser aux mégaprojets qu'on
finance aujourd'hui dans le tiers monde (barrages,
etc.) : capitaux étrangers, conditions de
travail misérables,
alcool, bordels, bagarres, morts (200 au total).
Emigrer
pour s'en sortir...
Beaucoup
d'Helvètes
se trouvaient dans la situation d'un Tamoul,
d'un Albanais ou d'un Marocain : famille trop nombreuse,
assiette vide,
pas de travail, horizon bouché. Et si
on allait voir ailleurs ? Autrefois, le meilleur
moyen
consistait à s'engager comme mercenaire.
Depuis 1859, c'est interdit. Alors, s'expatriant
comme des réfugiés économiques,
les Suisses fournissaient à l'étranger
une main d'æuvre
bon marché durement traitée.
En
Russie, ils sont à l'origine
du mot schwejtsar : portier. En 1856, la révolte
des cueilleurs suisses de café à Sao
Paulo montre le fossé entre
le rêve d'eldorado et la triste condition
des émigrés
: ils avaient été engagés
pour remplacer les esclaves.
Des
vallées
tessinoises furent entièrement dépeuplées
par l'exode en Californie ou en Australie.
Beaucoup de communes encourageaient les départs
pour se débarrasser des cas sociaux.
Des agences d'émigration sans scrupule
se multipliaient, au point qu'une loi est venue
en 1880 protéger
les candidats contre les exploiteurs. (...)
© InfoSud/Daniel Wermus
(1) Brochure disponible au tél. +41-21-612.00.95
|
|